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Pourquoi j’ai arrêté le voyage avec la Colombe Bleue ?
- Rencontre avec la simplicité et la magie -

Pour les amis qui me connaissent depuis plusieurs années, l’image que vous avez de moi est peut-être La Colombe Bleue.

C’est en septembre 2013 que j’ai commencé à faire du kamishibaï, et en janvier 2014, j’ai crée le projet « Les Troubadours La Colombe Bleue » dans lequel j’interprétais mes propres histoires que j’illustrais.

Pourquoi« Les Troubadours » ?
Parce que j’aime beaucoup la tradition des troubadours en Europe, et je voulais faire vivre les histoire non seulement dans la boîte magique (kamishibaï), mais aussi dans le monde réel. C’est pour cela que j’ai collaboré avec des musiciens et des danseuses, et même avec des artistes du cirque (clown, jongleur..).


« La Colombe Bleue », c’était à la fois le nom de mon butaï qui a des ailes, et à la fois moi-même, qui racontais les histoires avec mes illustrations. Grâce à elle, j’ai pu visiter beaucoup de lieux, et j’ai pu vivre de merveilleuses aventures et rencontrer beaucoup de gens qui ont aimé la Colombe Bleue.

Pourtant, plus j’approfondissais l’étude sur le kamishibaï, plus je me demandais si ce que je faisais avec la Colombe Bleue était vraiment du kamishibaï ou pas.
Et en 2017, j’ai eu l’honneur d’organiser une conférence sur le kamishibaï par Mme.Kyoko SAKAI, la porte-parole de l’Association IKAJA (International kamishibaï Association of Japan) et la présidente de l’édition Dôshin-shya à la Maison de la Culture du Japon.

En fait, c’est une personne qui a consacré presque toute sa vie à la recherche et le développement du kamishibaï au Japon.
Elle a fait de milliards de recherche sur les pièces du kamishibaï, elle a édité plein de chef-œuvres du kamishibaï. Et en passant 10 jours avec elle, j’ai compris ce qui était au cœur du kamishibaï traditionnel.

C’est l’âme de l’œuvre.

Avant, je croyais que le kamishibaï était une sorte de théâtre... donc, j’étais à côté de ma Colombe Bleue comme une conteuse. Pour moi, le kamishibaï = théâtre des images = le théâtre joué par la conteuse avec les illustrations.
Pourtant, le vrai kamishibaï traditionnel, c’est le théâtre par les images. Donc ce sont les peintures qui font le théâtre à l’aide de joueur.
En réalisant cette simple mais grande différence, j’ai pu enfin comprendre, pourquoi il y avait tant de règle très stricte dans le kamishibaï traditionnel : l’endroit ou se situe le conteur, la tenu humble (noire) du conteur, le refus d’utiliser le butaï (castelet) décoré et coloré, l’interdiction de faire des performances à côté du butaï, l’interdiction de jouer la musique à côté et collaborer avec des musiciens ou des danseurs, l’interdiction de passer devant le kamishibaï pendant la représentation, l’interdiction d’utiliser les illustrations des livres d’images pour le kamishibaï etc...
Avant, pour moi, c’était des règles trop strictes qui empêchait la liberté artistique.

Mais tout cela, c’était pour faire vivre les personnages dans la boîte.

Nous, les être humains, devrions laisser la place aux personnages dans le monde imaginaire.
Et surtout, n’oublions pas que le kamishibaï est destiné aux jeunes enfants. Faire trop de décorations et de performances en dehors du kamishibaï, cela risque de casser la concentration des spectateurs.

En ayant compris ça, j’ai eu le courage de changer complètement ma direction.
Peut-être cela vous semble t-il un retour en arrière, vers la stricte tradition.

Mais pour moi, c’est le contraire.
C’est entrer dans un chemin beaucoup plus riche d’aventures, qui ne finira jamais.
Parce que ma Colombe Bleue était très charmante et très jolie, mais m’empêchait de faire des histoires qui n’étaient pas fantastique et poétique : le folklore traditionnel, l’histoire sombre, l’histoire réaliste ...
En plus, imaginer des pièces dans lesquelles les personnages
joueraient vraiment du théâtre .. ? Wow, c’est beaucoup plus magique, que de jouer par moi-même à côté des illustrations. C’est un travail de vrai création : mettre les âmes dans la peinture.

C’est pourquoi maintenant j’ai arrêté le projet de la Colombe Bleue.
Mais ne vous inquiétez pas, je l’aime toujours...
Elle n’est pas morte. Elle est toujours ma meilleure amie.
Seulement, elle se repose.
Parce que vraiment, elle a fait beaucoup de voyage ...

© 2008 - 2017 - Yuiko Tsuno